LA GIBSON À FLEUR DE PEAU CLAIRE DITERZI Enfin seule. A 35 ans, et près de vingt passés dans les groupes Forguette Mi Note et Dit Terzi, Claire a quitté le petit monde du rock alternatif pour une carrière solo. Des arpèges de guitare, une voix théâtrale et des paroles sensuelles font un album envoûtant, débordant de sentiments. Les filles à guitare ont quelque chose de rare. Une attitude. Une façon guerrière d'arborer leur Fender. Claire Diterzi, elle, jolie rousse au teint de porcelaine, joue de la Gibson en amazone. Sur la pochette de son album Boucle, sorti en début d'année, la sangle de son instrument recouvre à peine son sein droit dénudé.
Cette jeune femme de Tours n'a pas froid aux yeux et ne craint pas de s'exhiber. "Je suis obsédée par la sensualité", explique- t-elle. D'où une musique toute en méandres, avec des fulgurances électriques. Et des mots à fleur de peau qui évoquent la fièvre, l'ivresse, la sueur et les draps de l'amour. Ce qui ne veut pas dire qu'il faille ranger Claire au rang des bimbos et autres créatures des magazines sur papier glacé. Au contraire. Comme Camille ou Pauline Croze, elle appartient à cette génération de trentenaires qui, certes, refuse la condition de femme-objet mais n'a rien pour autant du bas-bleu, abordant avec une belle franchise les sentiments amoureux. Au début des années 1980, Claire fut d'abord la virulente guitariste de Forguette Mi Note, un groupe de rock tendance punk barjot. Pendant une poignée d'ànnées, les deux filles et les trois garçons qui le composaient promenèrent leur rage adolescente de ville en ville, alternant grandes scènes de festival dans les provinces françaises et arrière-salles de bars fantomatiques en Allemagne de l'Est. Ils se consumèrent bien vite à ce rythme délirant et explosèrent en vol. Cette histoire passionnelle déboucha sur une séparation douloureuse... Julie Bonnie, la chanteuse violoniste, s'en alla fonder Cornu, une des formations les plus prometteuses du rock hexagonal de la fin du XXème siècle, avant d'entamer une carrière sous son propre nom. Quant à Claire, avec Sylvestre Perrusson, le bassiste des Forguette, à l'époque son compagnon, et Erick Pigeard, un percussionniste, elle monte en 1995 Dit Terzi, un trio où se mêlent ballades orientales et mélodies pop. L'orientation en est résolument libertine. Avec des paroles à l'érotisme certain, comme Embrase-moi sur la bûche, "Je suis ta cheminée en saillie". Sans oublier quelques détours sado-maso: "Sous la férule de sa dominatrice, Monsieur se reptilise, bien docile", dans L'Homme domestique. Sur le CD, elle pose en diva voluptueuse, la poitrine juste recouverte d'un voile transparent, comme dans cette dernière séance de photos de Marilyn Monroe qui donne lieu, aujourd'hui, à une exposition [musée Maillol, Paris-7]. A l'époque, Claire s'appelle Touzi. Mais tout le monde la surnomme Terzi, du nom de son père, un Kabyle qu'elle ne connaît pas. Elle s'est construite sur cette absence, cette fêlure. D'où Dit Terzi. LA RECHERCHE DE L'ACCORD PARFAIT La faillite de Boucherie Production, la maison de disques fondée par François Hadji-Lazzaro, le leader des Garçons Bouchers et de Pigalle, mettra un terme à l'aventure Dit Terzi. S'ensuivra la séparation de Claire et de Sylvestre. Puis la rencontre avec Alexis Armengol, un metteur en scène de théâtre, qui l'ouvre à d'autres univers. Elle s'éloigne du petit monde du rock alternatif et s'essaie, enfermée chez elle à Tours, à une musique plus personnelle, pleine de boucles, de ressassement et de guitare à la Ry Cooder, l'homme qui a composé la musique du Paris, Texas de Wim Wenders. En triturant les cordes de sa Gibson à la recherche de l'accord parfait, elle malaxe influences enfantines (Linda Ronstadt, Marianne Faithfull, B-52's) et engouements d'adulte (Ed O'Brien, le guitariste de Radiohead, "un des rares qui pleurent avec leur guitare", note-t-elle). Le chorégraphe Philippe Decouflé sera le déclic de sa nouvelle vie. Après avoir entendu son travail sur Iku, une pièce de son compagnon Alexis Armengol, il lui demande de participer à son spectacle Iris. Seule sur scène, elle accompagne les mouvements des corps des danseurs des zébrures et des froissements qu'elle tire de sa guitare électrique. C'est à la fois infiniment doux et d'une violence inouïe. Iris sera joué plu sieurs semaines au Théâtre de Chaillot, et tournera ensuite au Japon. MUSIQUE CHARNELLE De cette expérience, Claire accouche de nouveaux désirs, d'une envie de musique charnelle: "Dans la chanson, il y a des mots auxquels on n'a pas droit. Eh bien, j'ai envie de les dire avec ma voix ou ma guitare!" D'où Boucle, un album qu'elle signe Claire Diterzi et où elle parle beaucoup de sa mère, une ouvrière en usine qui les a élevées seule, elle et ses deux soeurs, au Mans. Une femme qui lui a appris la fierté, l'endurance, l'indépendance, et surtout à ne rien faire comme tout le monde. "Je suis comme le chiendent", explique Claire. Dans ce disque, qu'elle qualifie comme celui de sa vie, elle se montre tour à tour princesse arabe, sirène infidèle, amante aux abois et jalouse obsessionnelle, alternant comptines acerbes et rock baroque. Sur le pont d'Avignon, une chanson de Franck Monnet, relate avec pas mal de crudité les affres d'une femme dont le compagnon se sent d'un seul coup attiré par un garçon: " Elle te plait sa queue, vas-y/Sur le pont d'Avignon. " En revanche, le très poétique Je me souviens de la neige manie avec élégance et style la métaphore. Le charme puissant de Claire réside là, dans cette oscillation entre l'amazone qui part au combat et la guitariste amoureuse pour qui la musique adoucit les moeurs. Regardez ses yeux. Ils sont pleins de lumière. Ecoutez sa voix. C'est une jolie promesse. YANN PLOUGASTEL
[./presse_accueilpag.html]
[Web Creator] [LMSOFT]