FORTE TÊTE, SOUS DES DEHORS FAUSSEMENT FRAGILES, CLAIRE DITERZI EST RICHE DE SON MONDE, D'UN UNIVERS QU'ELLE S'EST MODELÉ DANS SA BULLE PROVINCIALE. APRÈS UNE GESTATION MOUVEMENTÉE DE CINQ ANS, ELLE ACCOUCHE D'UN ALBUM SOLO ENVOÛTANT ET ATYPIQUE.
Olivier Bride
On entend dans ton album, Boucle, que la guitare tient une place importante. C'est plutôt inhabituel chez les chanteuses françaises. En outre, tu joues électrique, et en plus en slide. Là, on est au-delà du rare. Tu as pris des cours de guitares ?
Oui, on m'a inscrite. J'y suis allée trois fois et je suis partie en courant. C'est comme les livres de cuisine qu'on m'offre, je les mets à la poubelle.
Donc, tu es autodidacte.
Oui, mais j'ai entendu des trucs qui m'ont vraiment scotchée : Fred Frith, dans la B.O. du film "Step Across The Border", Ry Cooder dans "Paris Texas", bouleversant. Ces choses ont bloqué mon oreille. J'aime aussi beaucoup Marc Ribot.
En slide, tu utilises un accordage spécial ?
Oui, je joue en Si mineur. Mes deux premières cordes sont des Si. J'ai dû réinventer tous mes doigtés à cause de mon accordage. Et je joue beaucoup avec un Ebow.
Ce qui est exceptionnel. Ton disque s'appelle Boucle à cause des boucles que tu enregistres pendant que tu chantes sur scène?
Oui, pour ça, et aussi pour boucler la boucle, parce que c'est un album que j'ai commencé il y a cinq ans, et que j'ai continué à écrire malgré tout ce qui m'est arrivé : j'ai participé à deux spectacles de danse et de théâtre, j'ai chanté au Japon... J'ai repris certaines des chansons de ces spectacles pour les mettre dans mon disque.
Qu'aimes-tu particulièrement faire dans tes concerts, sur scène ?
Après avoir chanté des choses très violentes, très techno, j'aime sortir du micro, descendre dans la salle et chanter a cappella, en m'accompagnant iuste avec une kalimba (petit instrument africain, ndlr). Quand je suis dans la salle, je me balade et les gens écoutent. J'obtiens un silence et une belle attention du public. Même s'il y a 800 places.
Comment composes-tu ?
Chez moi, à Tours. J'adore la solitude et travailler seule. Je n'aime pas expliquer mes idées et je n'aime pas parler. (Rire).
C'est une phrase forte dans une interview (Rire). On sent bien ce côté sauvage dans ton album.
Ce que je trouve intéressant dans ce métier, c'est de construire son univers, d'avoir sa bulle à soi. Sinon, jouer de la guitare comme tout le monde, avec des barrés, Do, Ré, Mi, Fa, Sol, ça me déprime.
Quand tu t'accompagnes, on entend que tu maîtrises la technique des cordes étouffées.
Je t'ai dit que je n'aime pas parler, mais j'aime beaucoup parler de cet album, et parler de la guitare. Parce que je trouve que je joue mieux de la guitare que je ne chante. Et j'ai l'impression que les gens ne voient en moi qu'une chanteuse, qu'ils ignorent la musicienne. Je trouve que beaucoup de chanteuses essayent de jouer comme les mecs. Tu sens que c'est un mimétisme. Moi, la gueule que j'ai avec ma guitare, je m'en fous. Je la tiens très haute. Elle me sert presque de soustif. C'est ridicule, mais j'ai besoin de la sentir dans mon corps. C'est une nécessité.
MATÉRIEL DE CLAIRE DITERZI
Gibson "The Paul", dobro National en bois des années 40, banjo 4 cordes, ampli Carslbro Sherwood C 120 watts et Fender Hot Rod Deluxe 40 watts, multi effets Zoom 500, 2 samplers Echoplex Gibson Digital Pro Plus.
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