Claire Touzi Dit Terzi sème le bizarre
La Chanteuse suit depuis quinze ans un parcours résolument ancré dans l'étrange. Après la pièce "Iku", elle irradie d'un éclat violent le spectacle de Philippe Decouflé, "Iris", et publie un disque.
BONNE NOUVELLE : la chanteuse Claire Touzi Dit Terzi a enfin le droit d'être bizarre. Mauvaise nouvelle la CD qui légitime son étrangeté, celui du spectacle du chorégraphe Philippe Decouflé intitulé Iris, n'est pas en vente dans les bacs mais sur Internet Claire Touzi Dit Terzi enrage. "J'ai 33 ans, ça fait quinze ans que je chante, j'ai tellement entendu les directeurs artistiques dire que j'étais trop bizarre pour eux que je devrais être vaccinée contre l'envie de continuer. Heureusement qu'internet existe pour exploser le système et que Decouflé m'a permis d'écrire mes chansons sa, sans faire de concessions commerciales. "
Beaucoup trop impolie pour ne pas être honnête, Claire Touzi Dit Terzi affectionne les comparaisons crues genre "J'étais allongée comme une bouse" et abuse de l'adjectif" torché". "J'assume ma façon de parler s'exclame-t-elle. Je jure comme une charretière et je fais une surconsommation de gros mots. Ma référence c'est Coluche, que ma mère adore. J'aurais aimé être aussi drôle que lui. Mon flanc-parler et mon humour salace m'ont causé pas mal d'emmerdes, mais aujourd'hui je dose mieux et j'assume les conséquences plus vite. "Un ami de longue date glisse: "C'est ce qui la rend unique, ce mélange d'élégance et de vulgarité, Claire ce n'est pas un bonbon, c'est une dragée au poivre.
Ses chansons n'y vont pas par quatre chemins. Dans Canicule, tube d'iris, elle évoque sa bouche si feignante, sa langue trop pendante" dans un lent dérapage vers l'extase. Sueur, moiteur, on perçoit la moindre nuance du mot "canicule". Soutenue par sa guitare, elle part est vrille dans infidèle, blues antilifting qui essore la douleur du temps et de l'amour qui fout le camp.
Souffle long pur émotions abruptes, elle suspend le sens des mots en allongeant les sons, en extrait des saveurs imprévisibles rien qu'en tordant chaque syllabe, Entre opérette trfiquée et comptine pour enfants trop vite vieillis, elle se régale de son amplitude vocale qui entrelace les rales et les trilles avec naturel. "Je vis ma voix comme un scénario plein de rebondissements confie-t-elle. Je n'ai jamais appris la musique. J'ai tenté trois fois le concours d'entrée au conservatoire de Tours. J 'ai fait ma sauce avec les indications glanées ici et là. Le point commun entre Philippe Decouflé et moi, c'est notre approche visuelle de notre art. Je n'écris pas ma musique, je dessine mes accords et joue de la guitare en comptant les cases. De même, je calcule mes textes comme des équations pour atteindre la musicalité que je désire."
A Tours où elle vis avec son mari, le metteur en scène Alexis Armengol, et ses deux filles Olive et Esther Olive et Esther, Claire Touzi Dit Terzi a d'abord rêvé de devenir danseuse avant de gratter la guitare offerte par son oncle pour ses 10 ans. La mère est ouvrière d'usine, le père, d'origine kabyle, a disparu Lorsque Claire avait cinq ans.
Dans l'appartement situé au coeur de la cité du Beffroi, il n'y a que quelques disques qu'elle écoute en boucle avec ses deux soeurs : ils sont signés par Linda Ronstadt, Malicorne, Bob Marley, Marianne Faishfull. "Ce sont mes reférences absolues. Au lycée, j'ai aussi découvert Ingrid Caven, Oum Kalsoum, Cathy Berberian, grâce à un prof génial qui m'enregistrait des cassettes. Un jour il m'a fait écouter Tino Rossi et j'ai eu un choc. Il est devenu mon idole, avec sa voix de feutrine. Du coup, j'ai arrêté de beugler comme une poissonnière dans le groupe où je chantais à l'époque, les Forgette Mi Note."
A peine 17 ans et déjà un quotidien de rockeuse alternative avec des tournées en rase campagne pour passer sur les scènes musicales les plus vétustes d'Europe. Voyages en minibus, vie collective qui se crispe dans la promiscuité. "Je n'aurais jamais chanté "non, rien de rien, non je ne regrette rien". Il y a plein de choses que je ne referais pas. J'ai eu ma première fille, Olive, à 22 ans et je l'emmenais en tournée. On ne savait pas où on allait dormir, on débarquait dans des squats pas chauffés, j'en aurais pleuré. Aujourd'hui,je suis ravie de travailler en solo, j'adore faire aboutir une idée qui m'est chère sons avoir de comptes à rendre, Il n'y a qu'avec le musicien Tao Hiboo que je collabore pour affiner mes manipulations sur ordinateur."
C'est lors d'une fête que Claire Touzi Dit Terzi croise Philippe Decouflé. Elle chante, il flashe, il court voir la pièce de théâtre intitulée Iku, d'après un texte de Sarah Kane, qu'elle joue avec Alexis, son metteur en scène de mari, et le danseur Pascal Allio.
UN VENT D'INDOCILITÉ ET D'ÉROTISME
La voilà partie au Japon avec la compagnie et le chorégraphe. "Travailler avec Decouflé, c'est se retrouver en colo de luxe sans monos, sons couvre-feu, avec atelier danse et musique 24 heures sur 24. C'est surtout le bonheur d'avoir rencontré une équipe de danseurs merveilleux. Inventer des chansons pour eux m'a permis de grandir. Pour habiller un mouvement, il suffit d'un chuchotement à peine audible ou d'une seule note de guitare, Ça oblige à aller à l'essentiel."
Sur le plateau d'iris, Claire Touzi Dit Terzi rayonne d'un éclat violent. Elle souffle sur les danseurs un vent d'indocilité et d'érotisme qu'il revient à chacun de faire sien. Narquoise, elle improvise avec l'un, fait flamber un autre, se contente de manger des yeux une troisième. "Quand la main de Muriel Corbel tremble en dansant, j'ai envie de vider la salle avec un cri pour la protéger. Moi, je n'ai jamais le trac. Alors je cherche chez les autres des raisons de me fragiliser de faire fi de mon habileté. Avec ces danseurs, humbles, bosseurs, j'ai été servie. Rien à voir avec un groupe de musiciens où chacun cherche à prendre de la place pour dire son instrument."
Claire Touzi Dit Terzi a arrondi les angles sans perdre une once de son âpreté, Elle n'a plus envie de collaborer qu'avec des danseurs ou des comédiens. "Ça ne m'empêche pas de faire un concert solo, mais j'ai honte de dire que je suis chanteuse. La télé véhicule une image tellement démago et vulgaire de mon métier que je suis écoeurée." Ça tombe bien Ariel Goldenberg, le patron du Théâtre de Chaillot où Iris a tait un tabac en décembre, a programmé Iuu pour sa saison 2004-2005.
Rosita Boisseau
BIOGRAPHIE
1970 : Naissance à Tours.
1986 : Premier concert des Forguette mi note,
2000 : Album " Diterzi " (Boucherie productions).
2002 : Iku dans la mise en scène d'Alexis Armengol
2003 : Chante et compose la musique d' " Iris", chorégraphie de Philippe Decouflé
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